L
e Havre accueille aujourd'hui et demain les assises de l'économie maritime et du littoral.
Cela paraît être une bonne idée. Conforme aux préoccupations du moment en matière d'économie d'énergie et de limitation des rejets.
Le Dieppois Xavier Hauchard sur le Tourville,
un chalutier qu'il envisage d'adapter à
la pêche à la palangre (photo F. B.)
Aujourd'hui et demain au Havre, à l'occasion des assises de l'économie maritime et du littoral, l'un des thèmes abordés sera d'ailleurs:
«Energie chère et baisse des émissions: nouvelles pratiques et nouvelles solutions pour les activités maritimes».
C'est dire combien le projet du Dieppois Xavier Hauchard,
qui vise à réaliser une économie substantielle de carburant tout en pratiquant
une pêche plus respectueuse des espèces et des fonds marins, semble être dans l'air du temps.
Il se heurte pourtant à un obstacle majeur. Un texte.
Une simple ligne gravée dans une annexe d'un règlement européen, qui dit qu'il est interdit de changer d'engin de pêche
si le nombre de jours de mer est inférieur ou égal à celui accordé pour l'engin de pêche précédent.
Or c'est là que le bât blesse.
Car le Normand, qui arme une unité de seize mètres à la coquille l'hiver et au chalut l'été, a décidé de s'essayer entre deux à la pêche à la palangre.
Bien connue en Bretagne, jusqu'à présent ignorée sur le littoral normand,
cette technique cible des espèces nobles
et des sujets matures, sans détruire les fonds puisqu'il s'agit de mouiller une ligne bardée d'hameçons.
«N'ayant plus de chalut à traîner, j'économiserai environ 40% de carburant, indique Xavier Hauchard.
Pour un bateau comme le Tourville,
la consommation chuterait de 1400 à environ 800 litres de gazole par jour.
Cela, pour vendre du poisson bien valorisé, de bonne taille, et non soumis aux quotas: bar, congre, lieu… Pêché à la ligne, non écrasé dans un chalut,
il trouve preneur à des prix plus intéressants. Tout le monde y trouve son compte…»
Selon lui, qui envisage d'investir 30 000€ pour équiper son navire, l'adoption de cette technique de pêche
après la campagne de coquille Saint-Jacques, lui permettrait d'éviter une période au cours de laquelle on ne pêche, faute de quota de cabillaud, rien d'intéressant.
«J'ai fait mes calculs. La combinaison des trois types de pêche - coquille, palangre puis chalut - constituerait une vraie bouée de sauvetage pour mon entreprise.
Tout le monde me dit que je vais dans le bon sens et que mon dossier est bien ficelé.
Pourtant, cet été, j'ai essuyé un refus.»
Motif invoqué: le nombre de jours de mer est limité à 173 jours par an pour la pêche à la palangre, contre 222 au chalut.
L'annexe du règlement paraît donc devoir s'appliquer à plein, en contradiction avec les prescriptions d'aujourd'hui en matière d'écologie.
C'est pourquoi, demain, tandis que les participants au colloque havrais vivront la seconde journée des assises,
le Dieppois et des représentants du comité régional des pêches de Haute-Normandie se rendront à Paris.
Pour défendre, auprès de la Direction des pêches, ce projet novateur.
FRANCK BOITELLE
L'article original est consultable en cliquant sur le lien suivant :
http://www.paris-normandie.fr/index.php/cms/13/article/65012/Les_pecheurs_defendent_leur_metier#