L
e bon cap de
Samathéo.
Patrick Lespielle a pris le contre-pied de la tendance du marché.
C'est au début des difficultés de la pêche, en 1990, qu'il décide de démissionner d'EDF pour embrasser une nouvelle carrière sur un bateau.
Un sacré pari de changer si brutalement de courant.
J'ai toujours adoré la pêche, et le travail ne me laissait pas assez de temps pour satisfaire ma passion, alors je me suis lancé », explique le patron du « Samathéo »,
un des bateaux les plus imposants du port de Saint-Jean-de-Luz-Ciboure.
Patrick Lespielle : « On arrive à bien
vivre de notre passion ».
photo j.-d. chopin
Il a commencé par les saumons et les pibales en rivière, avant de plonger dans le grand bain.
« Je suis d'abord parti sur un bateau à Mimizan, c'est là que j'ai appris le métier », explique-t-il.
Incroyable reconversion de cet homme, qui vit à Lahonce en bordure d'Adour, aujourd'hui patron de pêche et armateur.
La clé de sa réussite :
« Il faut être vaillant, avance ce quadra (il a 46 ans).
Dans ce métier, plus on pêche, plus on gagne d'argent puisqu'on est payé à la part.
Tous les matins, on se lève avec l'espoir de faire un gros coup.»
Polyvalence
Le fameux « travailler plus pour gagner plus » sauce pêcheur.
Le gros coup, il l'a réalisé l'an dernier, en pêchant 4,3 tonnes de daurades en une journée.
Un record qui mérite sans doute d'être déposé.
« C'est incroyable, on avait commencé à pêcher à 6 heures du matin, pour terminer à 3 heures du matin le lendemain, c'était énorme. Ce jour-là, tout nous avait été favorable.»
La chance sourit aux audacieux, et Patrick Lespielle n'est pas homme à croire que le poisson joue les sirènes.
C'est pourquoi, après avoir navigué sur plusieurs bateaux, il investit dans l'achat du « Samathéo » en 2002, au moment où les quotas s'abattent sur les criées.
« Samathéo », comme Sarah (son épouse), Maia (sa fille) et Théo (son fils), un bateau de 2,1 millions de francs (plus de 300 000 euros).
« La première année a été difficile, après il y a eu le ''Prestige'', et les échéances à payer», se souvient Patrick Lespielle.
Avec ses deux matelots, il relève le défi, en diversifiant sa pêche.
« Il y avait un tournant à prendre, on a laissé tomber le saumon et la pibale pour se concentrer sur la mer.
Ce qui nous sauve, c'est que l'on est polyvalent» , convient le pêcheur.
Il travaille essentiellement à la palangre.
De septembre à décembre, il pêche la daurade et le maigre.
En janvier-février, il part pêcher la sole du côté d'Arcachon, puis revient vers Capbreton pour le merlu jusqu'à fin juillet.
Au mois d'août, comme tout Français moyen, il part en vacances.
Un privilège rare dans le métier.
« Le reste de l'année, mes enfants ne me voient pas beaucoup, alors on part un mois en vacances ensemble, j'arrive à préserver cette vie de famille, c'est primordial.»
Ce pêcheur ne se plaint pas, voyant plutôt d'un bon oeil le départ des chalutiers.
« Quand on a de la bonne marchandise, on vend à de bons prix. Il y a sans doute des gens qui ont fait des mauvais choix, mais la pêche est bien structurée.
La criée est un outil de travail performant.
La vente à la table, va être une opportunité de plus pour nous.»
Résolument optimiste Patrick Lespielle ?
Les faits lui donnent raison, les ressources se refont depuis le départ des pélagiques, les espèces reviennent, même s'il convient que
« c'est un métier dur, où il faut toujours se remettre en question. »
Le pêcheur est confiant en l'avenir, son épouse vend les produits sur les allées Marines à Bayonne et confirme la tendance de la criée.
Le poisson se vend bien.
« On arrive à bien vivre de notre passion », confie le Bayonnais d'origine. Patrick Lespielle n'est pas près de poser l'ancre.
Pierre SABATHIE
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http://www.sudouest.com/pays-basque/actualite/article/421517/p/1/mil/3640297.html