L
'état des lieux : un constat d'échec et de surinvestissement.
Une politique de révision
du secteur à la baisse, sur
fond de « normalisation libérale
».
La politique actuelle de
l’Union européenne et du gouvernement
français se résume à
définir les conditions de rentabilité
d’une flotte de pêche réduite
et concentrée autour de quelques
armements, sur la base
des quotas actuels et dans une
optique de rentabilité à court
terme. Elle ne repose pas sur
une vision à long terme de la
gestion de la ressource et de
l’avenir des communautés humaines
qui en dépendent.
D’où la tentation française
d’orienter le statut de l’entreprise
de pêche artisanale vers
un modèle « fonds de commerce
» classique, avec une remise
en cause de certaines spécificités, comme le système de
rémunération à la part. De fortes
menaces pèsent donc sur
la pêche artisanale, les petits
armements et la vie des territoires.
Elles n’ont jamais été aussi
fortes, estime le collectif.
Un encadrement incohérent
et inefficace des flottilles.
Dans les années 1980, le Fonds
européen d’orientation et de garantie
agricole (Feoga) a fonctionné
à guichet ouvert et la
France en a profi té à plein, fi -
nançant les installations à la pêche
sans tenir compte des capacités
d’apport personnel des
demandeurs, de leurs diplômes
et de leur expérience. À la
fi n des années 1980, les clignotants
étaient déjà au rouge, notamment
du côté ressource.
L’instauration des Permis de
mise en exploitation (PME) n’a
pas résolu le problème, loin s’en
faut
(lire ci-après), pas plus que
les plans de déchirage. Casser
du bateau en espérant assurer
la rentabilité des survivants
n’a pas diminué la pression sur
la ressource, les bateaux restant
ayant doublé leur productivité
entre 1995 et 2005, au prix
de charges financières supplémentaires.
Cela a tout juste profité aux banquiers, aux armateurs
bien installés ou à ceux
qui partaient en retraite (même
effet pour le renouvellement
avec une diminution de 35 %
de puissance et tonnage).

Extrapolation à l'échelle atlantique
et décomposition de la valeur de
transaction des navires entre
composantes physique et immatérielle.
Si le suivi par satellite, la création
de log books et de fiches
de pêche ont amené un meilleur
suivi des fl ottilles, les augmentations
de maillage et la mise en
place de quotas de jours de mer
se sont révélées, elles aussi, insuffisantes face aux gains de
productivité des navires, obtenus
au détriment de la sécurité
et de la qualité de vie des équipages.
Le collectif, enfin, estime
que la fi n des subventions à la
pêche n’est pas une mauvaise
chose, même si elle est souvent
perçue comme un handicap par
le monde maritime.
Une concentration et une
course à la productivité des armements.
Si le nombre de navires
diminue, les tonnages débarqués
ne chutent pas : c’est
le résultat de gains de productivité
constants, de l’ordre de
7 % par an. Cette course à la
productivité a pour corollaire le
surinvestissement, phénomène
qui ne fait qu’accentuer l’endettement
de ceux qui ont acheté
trop cher des navires d’occasion.
Tout cela ne peut que
pousser à la surpêche, au détriment
de la bonne gestion de la
ressource, de la sécurité et de
la qualité de vie des équipages.
Au surinvestissement et au
surendettement s’ajoute un
autre phénomène : la concentration
des droits de pêche entre
les mains d’un nombre réduit
de personnes, propriétaires des
unités les plus productives.
Une situation inquiétante
pour les artisans, juge le collectif
qui note qu’il faut 48 tonnes
en équivalent cabillaud pour fi -
nancer le capital investi dans
un industriel contre 31 tonnes
pour un artisan. Pour produire
2 400 tonnes par an, le premier
emploie 19 personnes, les seconds
42.
Un déficit de formation.
La Bretagne ne forme plus de cadres
et ceci risque d’être fatal au
secteur, estime le collectif. Car,
dans les 10 ans à venir, 50 %
des entreprises seront à vendre.
Au niveau français, le collectif
considère qu’il reste encore
à la profession 4 ou 5 ans
pour éviter l’évaporation des navires
et des savoir-faire. Après,
cela sera trop tard.
Une Privatisation de la ressource
Les scientifiques servent d’alibi à une politique
de gestion à vue des quotas, qui favorise le comportement
individualiste des pêcheurs. Le poisson
appartenant toujours au premier qui le pêche,
on assiste de fait à une appropriation de la
ressource au profit de quelques armements. Les
petits pêcheurs côtiers en sont les principales victimes,
les quotas étant désormais souvent fermés
avant qu’ils n’y aient accès (exemple du lieu jaune
en 2005).
L’instauration des permis de mise en exploitation
(PME) en 1988 a créé un numerus clausus de
bateaux et devait officiellement limiter la concurrence
sur un créneau encore lucratif. Cela a été
la plus grosse erreur des cinquante dernières années
en France. Sans effet sur la ressource, cela
a par contre créé une inflation insensée du marché
de l’occasion : les prix de bateaux ont doublé
depuis 1996 et le PME est devenu un droit à produire
qui représentait déjà en 2000 près de 50 %
de la valeur des navires, selon l’Ifremer. Passé l’effet
d’aubaine pour les premiers bénéficiaires, ce
PME s’est avéré dramatique pour les jeunes qui
venaient de s’installer ou projetaient de le faire.