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Repenser la pêche artisanale (2/3)

Revue de presse | ©PALANGRIER.FR V1.03 Bêta | 28/04/2006 | < Précédent | Suivant >

Article paru dans Le Marin du 28 avril 2006 - Philippe URVOIS

L 'état des lieux : un constat d'échec et de surinvestissement.
Une politique de révision du secteur à la baisse, sur fond de « normalisation libérale ».

La politique actuelle de l’Union européenne et du gouvernement français se résume à définir les conditions de rentabilité d’une flotte de pêche réduite et concentrée autour de quelques armements, sur la base des quotas actuels et dans une optique de rentabilité à court terme. Elle ne repose pas sur une vision à long terme de la gestion de la ressource et de l’avenir des communautés humaines qui en dépendent.

D’où la tentation française d’orienter le statut de l’entreprise de pêche artisanale vers un modèle « fonds de commerce » classique, avec une remise en cause de certaines spécificités, comme le système de rémunération à la part. De fortes menaces pèsent donc sur la pêche artisanale, les petits armements et la vie des territoires. Elles n’ont jamais été aussi fortes, estime le collectif.

Un encadrement incohérent et inefficace des flottilles.

Dans les années 1980, le Fonds européen d’orientation et de garantie agricole (Feoga) a fonctionné à guichet ouvert et la France en a profi té à plein, fi - nançant les installations à la pêche sans tenir compte des capacités d’apport personnel des demandeurs, de leurs diplômes et de leur expérience. À la fi n des années 1980, les clignotants étaient déjà au rouge, notamment du côté ressource.
L’instauration des Permis de mise en exploitation (PME) n’a pas résolu le problème, loin s’en faut (lire ci-après), pas plus que les plans de déchirage. Casser du bateau en espérant assurer la rentabilité des survivants n’a pas diminué la pression sur la ressource, les bateaux restant ayant doublé leur productivité entre 1995 et 2005, au prix de charges financières supplémentaires. Cela a tout juste profité aux banquiers, aux armateurs bien installés ou à ceux qui partaient en retraite (même effet pour le renouvellement avec une diminution de 35 % de puissance et tonnage).
Valeur de la flotte de pêche atlantique. ©palangrier.fr
Extrapolation à l'échelle atlantique
et décomposition de la valeur de
transaction des navires entre
composantes physique et immatérielle.
Si le suivi par satellite, la création de log books et de fiches de pêche ont amené un meilleur suivi des fl ottilles, les augmentations de maillage et la mise en place de quotas de jours de mer se sont révélées, elles aussi, insuffisantes face aux gains de productivité des navires, obtenus au détriment de la sécurité et de la qualité de vie des équipages. Le collectif, enfin, estime que la fi n des subventions à la pêche n’est pas une mauvaise chose, même si elle est souvent perçue comme un handicap par le monde maritime.

Une concentration et une course à la productivité des armements.

Si le nombre de navires diminue, les tonnages débarqués ne chutent pas : c’est le résultat de gains de productivité constants, de l’ordre de 7 % par an. Cette course à la productivité a pour corollaire le surinvestissement, phénomène qui ne fait qu’accentuer l’endettement de ceux qui ont acheté trop cher des navires d’occasion. Tout cela ne peut que pousser à la surpêche, au détriment de la bonne gestion de la ressource, de la sécurité et de la qualité de vie des équipages.
Au surinvestissement et au surendettement s’ajoute un autre phénomène : la concentration des droits de pêche entre les mains d’un nombre réduit de personnes, propriétaires des unités les plus productives.
Une situation inquiétante pour les artisans, juge le collectif qui note qu’il faut 48 tonnes en équivalent cabillaud pour fi - nancer le capital investi dans un industriel contre 31 tonnes pour un artisan. Pour produire 2 400 tonnes par an, le premier emploie 19 personnes, les seconds 42.

Un déficit de formation.

La Bretagne ne forme plus de cadres et ceci risque d’être fatal au secteur, estime le collectif. Car, dans les 10 ans à venir, 50 % des entreprises seront à vendre. Au niveau français, le collectif considère qu’il reste encore à la profession 4 ou 5 ans pour éviter l’évaporation des navires et des savoir-faire. Après, cela sera trop tard.

Une Privatisation de la ressource

Les scientifiques servent d’alibi à une politique de gestion à vue des quotas, qui favorise le comportement individualiste des pêcheurs. Le poisson appartenant toujours au premier qui le pêche, on assiste de fait à une appropriation de la ressource au profit de quelques armements. Les petits pêcheurs côtiers en sont les principales victimes, les quotas étant désormais souvent fermés avant qu’ils n’y aient accès (exemple du lieu jaune en 2005).
L’instauration des permis de mise en exploitation (PME) en 1988 a créé un numerus clausus de bateaux et devait officiellement limiter la concurrence sur un créneau encore lucratif. Cela a été la plus grosse erreur des cinquante dernières années en France. Sans effet sur la ressource, cela a par contre créé une inflation insensée du marché de l’occasion : les prix de bateaux ont doublé depuis 1996 et le PME est devenu un droit à produire qui représentait déjà en 2000 près de 50 % de la valeur des navires, selon l’Ifremer. Passé l’effet d’aubaine pour les premiers bénéficiaires, ce PME s’est avéré dramatique pour les jeunes qui venaient de s’installer ou projetaient de le faire.

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