M
oins gourmande en main d'oeuvre, la palangre rajeunit quand les contraintes pleuvent sur les autres métiers.
"On m'a inventé les 35 heures" triomphe Thierry Quémener, pêcheur de bar à bord du 9m
Jessie-Chris, au Croisic.
"Avec la nouvelle palangre, je rentre de mer pour déjeuner à la maison, tous les midis !"
il fut l'un des premiers à adopter la palangre automatique de la société croisicaise Able, qui permet de mettre vite des milliers d'hameçons et des kilomètres de ligne à l'eau sans personnel spécialisé.
Grâce à elle, l'île d'Yeu a résolu, ce été, ses problèmes techniques au thon blanc.
De la Bretagne au Sud-Ouest, elle fait école chez les pêcheurs de merlan, de merlu, de congre, etc ...
Deux fois plus vite
Dominique Michon, ici à bord du palangrier
de Thierry Quémener, a obtenu un prix du
ministère de la Recherche (création
d'entreprises de technologie innovante)
pour ses nouvelles palangres.
Pendant ce temps, les contraintes pleuvent sur les filets et les chaluts.
La palangre, elle, se moque des augmentations de maillage, échappe aux soupçons sur la pêche des juvéniales ou les dommages au dauphin et ne demande pas de lapuissance motrice (chers kilowatts!).
Le problème c'est que pour boëtter (fixer) l'appât sur les hameçons, filer à l'eau les kilomètres de lignes, puis les virer à bord, il faut beaucoup de main-d'oeuvre expérimentée pour des captures de qualité, mais modestes.
Certes des palangres automatiques mécanisent le boëttage.
Mais pour l'inventeur croisicais Dominique Michon, le problème est ailleurs :
"On peut toujours boëtter à la main, et avec plus de soin, sans perte de temps, en faisant route."
Ancien technicien de la DCN Indret et ancien pêcheur, i la créé la société Able.
Avec l'aide de l'Anvar, i ldéveloppe une nouvelle palangre brevetée qui n'exige plus de main-d'oeuvre spécialisée.
Elle a une
"caisse à filer" où ligne maîtresse, avançons, et hameçons sont disposés de manière si astucieuse que le navire puisse mettre ses lignes à l'eau en naviguant
"plein pot".
De plus, la ligne maîtresse est posée paraitement tendue.
Le poisson se ferre tout seul à l'hameçon qui lui résiste.
On perd beaucoup moins de gros bars.
un nouveau vireur, réglant avec précision la tension des lignes, les remonte enfin sans les vriller en
"queues de cochon" ni les emmêler.
Dominique Michon qui a équipé une vingtaine de navires (de 9 000 à 20 000 € chacun) pense déjà à l'export.
"Les Espagnols, adeptes de la palangre sur des gros bateaux, veulent économiser du personnel."
En France, son coup de jeune intéresse surtout les espèces dont la qualité artisanale
"hameçon" se valorise bien :
le merlan de ligne est, parfois, aussi cher que le merlu !